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lundi 3 février 2014

Le Jeu du Contraste : L'Affirmation de l'Homoduplex...

Le bien et le mal, l'élévation et la chute, la gauche et la droite, la lumière et l'obscurité. Tant de pages je pourrai noircir avec ce nombre infini d'oppositions. Il est vrai, notre existence est composée de contradictions qui s'affrontent perpétuellement.
Se sachant incapable de faire un choix, l'homo duplex en nous oscillera, tel un pendule d'une extrême à l'autre. En effet, l'existence d'un chemin, d'un sens engendre l'existence du chemin opposé. Ainsi, éperdument attiré par ces deux infinis, l'homme voudra, tel un impératif intérieur, exprimer ses deux faces qui le forment.
Est-ce que cela peut également être traduit par une incapacité profonde de faire un choix? D'adopter un côté et de s'y tenir? Mais, ne serait-ca pas plus triste que de se limiter à un seul côté de l'axe. A l'instar d'un jeu d'échec, notre existence est divisée en deux camps qui, bien qu'en constant combat, sont indubitablement complémentaires, l'un n'existera pas sans l'autre.
Assumons alors cette bipolarité, acceptons le fait que depuis le péché originel, nous subissons l'existence du diable, il est celui qui nous a divisé ( c.f Mots, le Diable ). 
Voilà que le jeu du contraste annonce son arrivée. Il laissera son empreinte là où bon lui semblera, l'apparence même d'une personne est touchée, qu'elle en soit consciente ou non. Il est vrai, la jupe longue, taille haute, demandera le top plutôt court ; l'élégance suprême se mariera avec un esprit décontracté. Ou encore, une chemise blanche, structurée, fera appel aux bottines plutôt grunge et anarchiques.
Si dans le paraître, ces oppositions composent l'objet d'une allure formidable, serait-ce possible que celles-ci soient soient également source de puissance dans l'être?...




 

jeudi 19 décembre 2013

Le Minimalisme: Le Reflet d'une Âme lucidement épurée...

Le minimalisme, est-ce un élan ascétique ou tout bonnement une volonté de simplicité? Après un nombre effrayant d'années où l'on a prôné le soit-disant progrès technologique, aurait-on finalement réalisé l'erreur de nos valeurs? Peut-être a-t-il fallu la sortie du cinquième iPhone pour prendre conscience du danger de ce fatale progrès, du trou noir qui nous guette, de cet inassouvissement éternel.
Le retour du minimalisme miroiterait alors le retour du passé lointain, du passé oublié et éperduement caché sous la poussière de nos sociétés, de nos cerveaux hébétés. Après un élan euphorique d'ornementation excessive, d'exaltation surdimensionnée, de "progrès" incessants, le temps se serait-il finalement arrêté? Les eaux qui créaient d'antan de la fausse profondeur dû à leur agitation injustifiable, se seraient-elles calmées. 
La divine sérénité qu'a retrouvée la mer se verra alors être reflétée dans l'âme de l'homme, une âme enfin délivrée de ses désirs vaniteux. Les eaux calmes de l'homme épuré qui paraissent sans vie aucune sont en réalité celles-là seules qui ont de la vie, de la profondeur. C'est ainsi que l'allure minimaliste expose un quelque chose d'insipide illusoire uniquement, car c'est précisément cette dernière qui est la plus profonde, la plus réfléchie. Ce style n'exprime rien à l'homme passif, il demeure muet et paraît dépourvu de vie, mais derrière sa pâleur apparente transparaît un esprit penseur. En effet, le minimalisme véritable ne peut être acquis qu'après une prise de conscience, une lucidité totale qui émane de longues recherches scrupuleuses et exigeantes. Après seulement l'homme sera-t-il réellement épuré...




dimanche 8 décembre 2013

L'Ascèse : Une exigente purification d'âme et corps...

Le nouvel an, simultanément à son apparition, fera germer en moi le plus tyrannique des impératifs intérieurs : la volonté d'ascétisme.
C'est uniquement après une purification intense que l'âme pourra commencer à se connaître soi-même. En effet, elle est pour l'instant aveuglée par le brouillard qui est la société, comme si polluée par les miasmes de ce bas-monde, elle s'est égarée au milieu de toutes ses pensées incomplètes et insensées. Il est finalement temps de mettre de l'ordre dans les idées, une structure sévère et réfléchie devient alors inévitable.
Conséquemment à une fureur et anarchie exaltées dans le Grunge, j'aspire désormais à une élévation, à un ordre suprême et véritable. Après avoir voyagé vers l'abîme avec le mal à mes cotés, je me retrouve être éprise par l'ardent besoin de jaillir comme une flèche vers les astres où règne le Bien. L'élévation m'est finalement visible et je ferai de l'ascèse mon arme secrète, mon guide invisible vers le royaume de l'homme.
Comme l'a professer Frabrice Luchini à propos de Nietzsche : " La volonté nietzschéenne prend appui sur sa propre vitesse. Elle est une accélération du devenir qui n'a pas besoin de matière. Il semble que l'abîme, comme un arc toujours tendu, serve à lancer ses flèches vers le haut. Près de l'abîme, le destin humain est de tomber. Près de l'abîme, le destin du surhomme est de jaillir, tel un pin vers le ciel bleu."
Le nouvel an témoignera ma renaissance. L'homme révolté, mort au fond de l'abîme, cèdera sa place au surhomme qui jaillira vers des terres pures.



DKNY
pre fall 2014

L'allure subira également une transformation foudroyante : La fureur obscène et chaotique des tenues sera travestit en une apparence lucide et sévère qui provient de l'exigence qu'ordonne l'ascèse. L'attitude simpliste et épurée miroitera l'austérité d'une vie privée de tout besoin inutile.
Ayant finalement appris à nager dans l'abîme et devancer le brouillard de l'ignorance, l'année 2014 jaillira vers les cieux en se déclarant tant puissante et lucide que simple et pure...

Adam Lippes
pre fall 2014












Reef Krakoff
pre fall 2014








dimanche 24 novembre 2013

Le Bordeaux : Une Enigme puissamment séductrice...

Le caractère hostile de l'hiver me mène à désirer une allure autant dure et puissante que la saison. Il est vrai, l'influence qu'a le monde extérieur sur mon monde intérieur ne cessera de m'épater. C'est alors que je me retrouve avec une volonté de domination, celle qu'a le vent sur les feuilles mortes, une volonté de chaleur chatoyante, telle la cheminée du bon vieux chalet ou le chocolat chaud sur les pistes de ski et, également une volonté de mystère qui se retrouve dans les bruits que chantonne la bise.  Ce mélange de puissance, de douce chaleur et d'un quelque chose d'énigmatique incarnent la couleur bordeaux. En effet, elle est tant douce et sensuelle que puissante et austère ; de là émane son caractère indéchiffrable.


hommage à Guy Bourdin
de NARS
Ce bordeaux évoque également la fameuse femme fatale.
Tel un parfum ensorcelant, elle détient une arme tant maléfique que séductrice qui n'est autre que sa sensualité. Elle capture le regard des hommes et fait germer en eux un désir malsain qui résultera en un malheureux inassouvissement tourmenté.
La femme fatale est une bête vénéneuse qui traque sa prochaine victime. Capturée par cette allure qui se veut puissante et mystérieuse, sa proie ne pourra que céder son âme au diable qui est le désir.
Cette saison, notre femme fatale nous fait l'honneur d'une mise en garde contre ses pouvoirs, à l'instar d'un avertissement, elle peint ses lèvres voluptueuses d'un bordeaux tant séducteur qu'énigmatique ; couleur qui miroite sa personne même. La citation de notre cher Montaigne peut dans ce cas être appliquée carrément à la lettre : " c'est moi que je peins".
C'est ainsi alors qu'en portant du rouge à lèvres bordeaux, elle nous dévoile son caractère séducteur et puissant, son caractère qui se veut dominant en tenant sa féminité comme arme. Toute dualité entre l'être et le paraître disparaît derrière ses yeux remplis d'une sincérité foudroyante : son extérieur affirmera  son être, son rouge à lèvres reflètera son caractère...

De Garance Doré

Backstage fashion show
Phillip Lim

dimanche 17 novembre 2013

Sans Nom ni Visage : L'Homme qui vit devant un Miroir...

Tel un forcené du paraître, l'homme fait de son allure un sujet d'exigence implacable. L'attention au détail qu'est portée sur son apparence exprime un fanatisme tant méticuleux que dérangé. Son oeil furtif agit comme un impératif intérieur, une sorte d'ascèse impassible et sans pitié aucune ; il est vrai, même le détail imperceptible prendra des grandeurs titanesques dans sa vision. Son esprit exige la perfection dans son être autant que dans son paraître, faisant de lui une créature maudite se sachant indubitablement incapable d'errer aux côtés des astres où règne la perfection.
Il vit devant un miroir et les autres sont le miroir, il ne pourra s'assurer de son existence qu'en la retrouvant dans le visages des autres. C'est pour cela qu'il poussera l'exactitude jusqu'au scrupule : tout dans sa tenue exige une signification, une raison, un but, elle doit provoquer et capturer le regard de l'autre, ce n'est qu'ainsi qu'il affirmera son existence. 
Cet homme, sans nom ni visage ni statut ni adresse, joue sa vie, faute de pouvoir la vivre. Il force les autres, qui ne sont autre que sa réflexion, à le créer lui-même. Seul, il ne sera personne, il ne sera rien, il n'existera pas...



jeudi 7 novembre 2013

Le Grunge : Un Cri révolté désirant faire de l'Irrationnel une Raison ...

Je crains qu'il soit temps désormais de rédiger un article sur le Grunge. Eh oui, il se propage dans les rues d'une manière théâtrale et exponentielle. C'est ainsi que j'ai été contrainte de décrypter et appréhender l'attitude de ce dernier. 
L'unique raison de son expansion est le fait que le style grunge a été élu comme nouvelle tendance de mode. En effet, à l'instar de sangsues menées par leur instinct grégaire, les individus s'agrippent à ce style nouveau et modèlent un fanatisme grandissant, faisant d'un simple style vestimentaire une loi nouvelle. N'est-ce pas chose de joie que de rajouter une règle à notre société si scrupuleusement architecturée, une règle imprégnée de valeurs et de jugements.
Néanmoins, avant de devenir une simple tendance de mode bénigne, le grunge était l'allégorie d'une pensée réfléchie et tourmentée : il était l'expression d'un homme révolté, d'un homme qui pousse un cri contre l'absurdité de son existence. De cette cruelle lucidité face au non sens de la vie et de cet esprit troublé, émane une colère impétueuse et implacable qui mène à désirer une allure tout autant déchirée et anarchique : le Grunge. En effet, la gratuité du monde est répondue par une révolte fiévreuse qui s'exprime à travers les tenues quelques peu provocantes voire même obscènes. Ainsi, l'absurdité apparente de l'allure grunge n'est que la représentation d'une fureur blessée qui n'admet qu'une vérité : le cri irrationnel...




Dries Van Notel Spring/Summer 2013


Photographié par Craig McDean

Les fameuses chemises à carreaux par exemple ne sont que la représentation d'une volonté d'ordre en passant d'une manière inévitable par le désordre. Nietzsche l'exprime à l'aide d'une métaphore : "Pour élever un sanctuaire nouveau, il faut abattre un sanctuaire, telle est la loi". Il est vrai, l'allure plutôt dure  du Grunge représente la volonté de destruction, d'anarchie au profit d'un ordre nouveau, d'un ordre juste qui germerait sur un sol lavé et épuré enfin. L'attitude du Grunge est justifiée précisément par l'absence de justification. L'individu est alors à la recherche, sans le savoir, d'une morale, d'une raison, bien qu'il s'efforce à anéantir toute valeur ; de l'irrationalité de sa vie, il désire crée une Raison...

samedi 26 octobre 2013

La sérénité de l'Hiver : Une mélodie symbiotique de corps et âme...

L'hiver annonce son arrivée ; furtivement il se faufile dans nos vies et s'en empare d'une manière dangereuse. Il est temps de sortir ses grosses mailles, de se couvrir avec son armature. Dévancera-t-on alors la froideur et l'austérité de l'hiver pour faire jaillir un quelque chose de doux et chaleureux, un quelque chose de caressant qui nous emplit d'un certain romantisme rêveur. 
Tel un poème de Prévert ou une symphonie de Tchaïkovsky, les oh, si douces textures, cachemire, mouton, fourrures émoustillent nos sensations et caressent notre peau. A l'instar d'une protection contre l'hostilité et la froideur de l'hiver, elles intensifient nos sens, éveillent en nous le sentiment d'harmonie et de sérénité qui émane de la chaleur, du confort du vêtement. Emergé alors par cette sensation d'unité avec soi et le monde, tout sentiment d'étranger à l'univers qui est le notre, de dualité entre corps et esprit, semble être effacé. N'ayant laissé place uniquement à cet apaisement réconfortant, cette sérénité légère et innocente, le rude hiver se voit alors être métamorphosé en un doux et chaleureux poème romantique, une symphonie chantant la beauté, la puérilité et la douceur de l'existence...









mercredi 23 octobre 2013

Le Déterminisme militaire : Une Esthétique inhumaine d'Ordre et d'Implacabilité...

Ce type d'impératif intérieur qui a germé dans la conscience de certaines personnes, cette foi aveugle placée dans un certain pouvoir supérieur, ce sot instinct grégaire qui poussent à une volonté d'ordre, ou plutôt à un besoin d'orde, au fil des années, tout ceci a maladroitement été catégorisé sous le nom de militarisme.
Certes le militarisme est un concept plutôt intéressant, néanmoins il n'est pas le véritable sujet de cet article ; sa coquille esthétique par contre l'est : la tenue militaire. Sa sévérité me fascine, son allure me demande de lui offrir une signification, de lui attribuer une symbolique.
L'implacabilité froide de la silhouette et des couleurs donne un quelque chose d'inhumain à l'individu, chose qui incarnerait également l'homme de guerre. Il est vrai, plusieurs artistes, en réaction à la première guerre mondiale, représentent dans leurs oeuvres la déshumanisation humaine.
La partie de cartes, Fernand Léger
La guerre, Marcel Gromaire
Aujourd'hui, l'allure militaire a pris un tournant presque provoquant, le militarisme a été travestit en une esthétique de mode : ce qui était auparavant la représentation d'un homme de guerre est devenu aujourd'hui une tendance de mode. Néanmoins, les racines de ces pièces vestimentaires demeurent encore. Ainsi, l'homme adhérant à la tendance militaire, qu'il en soit conscient ou non, projette une sévérité froide et acérée, une dureté de pierre. 
Telle la Gorgone qui avait le pouvoir de transformer en pierre quiconque qui la regardait, la militarisation a également fait de l'homme un objet, un pion supplémentaire sur un jeu d'échec communément appelé l'existence. C'est pourquoi, de nos jours encore, même si métamorphosée et ornementée par le modernisme et la culture changeante, la tenue militaire détient toujours un air de rigidité presque inhumaine. Ce caractère que porte l'allure militaire n'émane ni des couleurs, ni des matériaux, mais plutôt de l'attitude des habits, de leur histoire, de leur symbolique. Ces derniers chuchotent à ceux capables d'entendre les bruits inentendables les ténébreuses histoires de la guerre, les nuits froides et éternelles, les tourments du meurtre d'un semblable. Ces chuchotements rôdent encore autour des tenues militaires, ils ne sont pourtant visibles qu'à l'oeil furtif et observateur qui perçoit leur existence à travers l'allure de la tenue...












vendredi 27 septembre 2013

L'Urbain : Un Mélange fascinant de l'Underground et de l'Elite...

Le désir de transgression semble être assouvi au défilé de mode de Humberto Leon et Carol Lim (qui a été l'inspiration de la collection) lors de la New York Fashion week. Comme si plongé dans une scène tremblante du film Fast and Furious, une sorte d'excitation délétère paralyse le corps, l'atmosphère de l'underground dangereusement attrayant submerge l'esprit qui ne peut que céder aux voluptés du côté obscur des choses. 
Il est vrai, l'homme, s'il se juge assez courageux pour être honnête avec lui-même, avouera qu'il aime défier et jouer avec les interdits, qu'il recherche l'adrénaline cachée dans ces actes prohibés. 
Ici, les créateurs de mode nous nourrissent de cette excitation condamnée, ils nous servent le fruit interdit sur un plateau d'or. Dans une atmosphère vibrante qui se sait séduisante, les mannequins éveillent notre puérilité, notre fascination enfantine pour les choses interdites.

NYFW
collection spring/summer 2014

La griffe expose un aspect de la vie urbaine qui est souvent mis à l'écart, voire même dénigré ; jugé comme mauvais et inférieur, tel un paria, il s'est retrouvé forcé de se développer où l'on ne pouvait le voir : dans l'underground. 
C'est ainsi que Humberto Leon et Carol Lim s'aventurent sous l'axe horizontal de la vue, ils plongent dans l'abîme, voyagent vers les terres ténébreuses du mal et, en extraient une beauté rare et étrange.
Les créateurs infusent la modernité des générations nouvelles à la tradition classique. Leur collection printemps/été 2014 incarne la ville de New York sous tous ses aspects : elle est un mélange fascinant de l'underground New yorkais et de l'élite du fabuleux Manhattan...

NYFW
collection spring/summer 2014


NYFW
collection spring/summer 2014






mardi 24 septembre 2013

La Parisienne : L'Incarnation d'une Indifférence dédaigneusement architecturée...

La parisienne, elle est cette femme impénétrable qui, derrière ses lunettes de soleil, transparaît comme condescendante et dédaigneuse. 

De Garance Doré

Refusant de succomber à son instinct grégaire, elle ne se laisse pas guider par les diktats de mode. En effet, la parisienne se montre insensible aux règnes éphémères des tendances ; s'étant nommée sa propre souveraine, elle s'habille selon son zèle. Il est vrai, elle projette une dureté et une audace irrévérencieuses, pourtant ces traits de caractère communément admis comme vices, peuvent également être jugés comme de précieuses qualités : sa franchise, certes impassiblement acérée et souvent confondue avec une dureté cruelle, ne laisse aucune place à l'hypocrisie. Elle s'habillera alors comme bon lui semblera, sans cacher sa personne derrière les tendances déclarées par les magazines de mode, pour précisément laisser son esprit s'affirmer.
Son âme libre fait d'elle le sujet tant d'une crainte que d'un dégoût voire même d'un mépris. Ce dégoût en question provient indirectement de la crainte qu'elle provoque en les personnes. L'indifférence à tout qui est projetée n'est en réalité que dissimulation, effectivement chaque détail détient son importance et son utilité. Pourtant, la parisienne s'efforce à les faire sembler inopportuns et hasardeux.
Rédigeant cet article, une porte de ma conscience s'est déployée, présentant un aphorisme d'Emile Cioran : "Se prétendre plus détaché, plus étranger à tout que n'importe qui, et n'être qu'un forcené de l'indifférence". La parisienne adopte vaguement cet écrit, effectivement elle se contraint à sembler étrangère et indifférente au monde qui l'entoure, comme si elle ne pouvait en aucun cas, appartenir à ce dernier, mais plutôt à une réalité supérieure. Pourtant cette négligence et indifférence apparentes à tout sont en réalité le résultat d'une architecture vigoureusement travaillée et, un quelque chose d'invisible, agissant comme un impératif intérieur, l'astreint à paraître indifférente et détachée.
Ces impératifs intérieurs, cet esprit précaire et tourmenté, cette délicate âme de philosophe, cette overdose de café, cette avidité implacable de savoir, de beauté, d'étrangeté, cette tyrannie personnelle, cette recherche de beauté cachée, ce savoir-vivre austère, cette envie insolente de liberté, tout cela, résidant en une seule personne, donne naissance à la formidable Parisienne...







Clémence Poésy,
Une Parisienne

vendredi 20 septembre 2013

L'Allure : Une secrète Révélatrice de l'Essence même d'une personne...

Les habits ont leur importance qui est indéniable, certes, mais l'allure, l'allure que la personne dégage détient une valeur qui est beaucoup plus grande, puissante et révélatrice que l'habit en soi.
Je désire m'attarder sur l'importance et le rôle que joue cette allure à l'aide d'une photo qui est ma muse pour cet article :

De Garance Doré

La nonchalance intelligible de cette femme est à envier. Elle remet en cause toute valeur de l'habit au profit de l'allure même de la personne. En effet, il semblerait que c'est dans l'essence même de sa personne, que la mannequin trouve sa puissance ; qui pourtant ne cherche pas à être sous le feu des projecteurs, elle désire précisément demeurer discrète et garder secret sa lumière. Delà découle son naturalisme pur et sincère qui ne manque pourtant pas d'attirer tous les yeux qui l'entourent.
Il est vrai, bien que cette femme désire paraître simple et discrète, son allure dérobe toutes le lumières, faisant d'elle la seule étincelle visible qui jaillit d'une confiance nonchalante et détachée de son propre pouvoir ; n'est-ce pas cela la modestie...

lundi 19 août 2013

Le Dandysme : Une Rigueur proche de l'Austérité masquée par une Nonchalance illusoire...

Noble d'habits et d'esprit, le dandy vit dans les sphères les plus hautes de l'âme, il ne se suffit pas du monde qui est le notre, il recherche, il découvre, il admire. Il est vrai, ayant un précieux esprit raffiné, sa vanité d'homme ne manquera pas de grandeur, ainsi, le dandy se veut d'une élégance irréfutable. L'être et le paraître se confondent dans la présence de cet homme, ils s'enchaînent entre eux et donnent naissance à un type nouveau : un homme qui aspire à l'excellence d'une manière héroïque ; il est notre mauvaise conscience, il jouit et se nourrit de sa condescendance méprisante, car il se voit être un sur-homme, un remarquable reflet de la perfection.
Souvent identifié comme une simple frivolité, le dandysme convoite précisément le contraire ; par l'ascèse, une rigidité inattaquable et une exigence intérieure, le dandy surpasse les faiblesses qui dessinent l'être humain, et telle une deuxième naissance, il émerge à l'instar d'un héros. 
Baudelaire identifie le dandysme comme "le dernier acte d'héroïsme" possible, s'abandonnant totalement au paraître, il en fait de ce dernier son être même ; toute frontière ainsi effacée entre les deux,  le français crée une nouvelle sorte de noblesse, une noblesse plus digne de son nom : une noblesse plus noble. Le dandysme devient alors une aristeia de l'apparence (les exploits d'une supériorité individuelle).

Baudelaire





   "Le dandy doit aspirer à être sublime sans interruptions,
    il doit vivre et dormir devant un miroir."
               - Charles Baudelaire












S'habillant selon ses humeurs et pensées dignes de hauteur, et non selon les codes vestimentaires, le dandy demeure indifférent à la société dans laquelle il vit se sachant supérieur à celle-ci ; cette indifférence est contestée par les autres comme un acte de snobisme. Mais, la jugeant ainsi, ils prouvent tout simplement qu'ils ne sont pas intellectuellement aptes à aspirer au dandysme. 
Cette indifférence émane d'une insouciance, car le dandy se sait comme homme de qualité ; ce sentiment se reflète dans l'allure de celui-ci : une nonchalance qui ne manque pas d'être sophistiquée... 

Pete Doherty




















"Il faut être une oeuvre d'art ou en porter une..."
-Oscar Wilde





mardi 13 août 2013

Rock : Un Refus de l'Assujettissement volontaire...

Etienne de La Boétie tient un discours sur la servitude volontaire. C'est à l'âge de dix-huit ans qu'il rédige cet écrit, le misérable et méprisable âge où l'esprit a besoin d'un masque, ou plutôt, autour duquel grandit et se développe sans cesse un masque, dû à l'interprétation toujours fausse, c'est-à-dire plate, de chacune de ses paroles, de chacune de ses démarches, du moindre signe de vie qu'il donne.
Cette oeuvre joue le rôle d'un réquisitoire contre l'absolutisme, La Boétie questionne effectivement la légitimité de toute autorité sur une population, du rapport entre le dominant et le dominé. Il professe, très justement si j'ose dire, que les tyrans sont grands que parce que nous sommes à genoux. Si l'état de la Nature veut une égalité, comment alors expliquer l'assujettissement? 
La tyrannie n'est pas un rapport de force, mais une dépossession volontaire de la liberté, un dépouillement à souhait du désir qui nous est le plus cher. Un grand nombre d'hommes ont peur de ce droit inné, ils le craignent, car ils ignorent comment l'utiliser. Il est vrai, ce droit naturel paraît sans limites, tandis que l'imagination de ces hommes en question est limitée. C'est à cause de cette discordance qu'un malaise et un trouble germent en eux, ne sachant que faire avec ce sentiment dérangeant, ils repoussent la liberté et prennent le joug qui consent à leur mal.
Delà découle par exemple, la religion, effectivement le pouvoir n'est pas d'origine divine, il vient tout simplement de la volonté d'être asservi, dans ce cas, à un quelque chose d'invisible. En effet, beaucoup d'hommes ont peur de leur droit le plus naturel : la liberté. Il façonne des Dieux pour pouvoir ensuite les adorer jusqu'à même les craindre. Le tyran, il ne faut pas l'ébranler ni l'attaquer, mais simplement ne plus le soutenir, et tel un titan dont on a brisé la base, il s'écrasera sous son propre poids.

Dans les années soixante, régnaient en Angleterre, les chemises et les polos : une élégance inspirée de la Dolce Vita. Tous se prosternaient devant ce mode de vie, cette attitude oh, si chic. Pourtant, pendant cette même période, un tout autre style a pris forme : le rock. Son allure était plus décontractée tout en montrant néanmoins de la puissance dû à son indifférence pour l'envie d'une vie bourgeoise qui était implicitement imposée à la société. Il est vrai, le style Rock, contrairement au Punk, ne désirait pas provoquer, accabler les croyants aveugles ; il ne s'est tout simplement pas plié sous la domination illusoire de l'élégance italienne. Le Rock se veut plus simpliste par opposition au caractère extravaguant de la dolce vita. Demeurant toujours vivant aujourd'hui, le style Rock est intemporel, c'est dans son caractère "chill" et relativement simple que transparaît sa liberté et son indifférence pour quelconque souverain éphémère qui dominera ses disciples pendant un bref moment, jusqu'à ce qu'un autre sot prenne de la hauteur et pratique son autorité à son tour...





dimanche 11 août 2013

La bohème : Une douce Face de l'Âme universelle...

La bohème est un concept qui me fascine depuis très longtemps, cette légèreté constante qui émane d'une acceptation totale de la vie m'impressionne . C'est pour cela, à mon avis, que le bohémien ne s'abandonnera jamais au spleen, il voit la calamité comme autant nécessaire que le bonheur, la jugeant comme une seule des infinies faces de la vie. Le fils du vent est l'être le plus libre que je connaisse, il assume la vie qui est la sienne. Certains, ayant bu peut être trop de son jus amer, renient la vie, la jugeant insensée, sadique et source de souffrance. C'est effectivement ces personnes la, les soit-disant victimes de la vie, qui comblent leur existence à travers le divertissement, le plaisir matériel et les choses vaines. Pourtant, le bohémien a lui aussi bu cet acerbe jus, il a même nagé dans ce liquide ; mais, contrairement aux autres, celui-ci le voit non comme un malheur, mais plutôt comme une saveur parmi une infinité de saveurs, ne la qualifiant ni comme blanche, ni comme noire, le bohémien accepte tout simplement l'amertume de ce jus, le trouvant même intéressant. En effet, il est content d'avoir goûté à ce malheur, précisément parce que ce malheur existe : les seules possessions du bohémien sont les choses qu'il voit, c'est ainsi, qu'il aura plongé dans toutes les eaux qu'il aperçoit qu'elles soient sucrées ou amères, si elles existent, elles sont à lui. Dans le poème de Béranger, Les Bohémiens, il affirme que "voir c'est avoir. Allons courir!"
Grâce au passé assumé et accepté, le monstre de vengeance, de regret, de jérémiades qui porte le nom de nostalgie ne pourra pas inonder l'esprit du bohémien, se trouvant incapable de scotomiser le passé ; et, ayant admis que le futur ne pouvait être contrôlé, le joyeux vagabond ne peut que vivre dans le présent qui est le sien et savourer chacune des insouciantes secondes de sa vie.
Contrairement à la société qui, comme un pendule, oscille entre la joie et la souffrance, entre le blanc et le noir, le bohémien ne voit ni de gauche, ni de droite, il voit tout d'une même manière, il voit tout comme une vie, une seule et unique vie qui désire seulement voir, ressentir, car tout cela la fascine.
C'est ainsi que la mode de la bohème ne passe pas du rock au glamour, du punk à l'épuré, il demeure dans un code vestimentaire aéré, souple et simpliste, ce qui est miroité avec sa légèreté et son insouciance.
Peinture exposée au Grand Palais à Paris pour l'exposition Bohèmes



collection printemps 2013


D'une manière bien évidemment plus moderne, on reprend les longues jupes, les imprimés de fleurs. Cette oeuvre d'art a ouvert un porte de ma conscience dans laquelle se cachait la nouvelle collection de Dior : il est vrai, la marque interprète la longue et flottante jupe d'une manière plus moderne et sophistiquée.


collection printemps 2013




















Finalement, ce qui est dit aujourd'hui a déjà été dit hier, ce qui est pensé aujourd'hui a déjà été pensé hier. Christian Dior a une âme qui lui est propre, delà découle son choix de la matière de luxe, de la grandeur des fleurs, de l'attitude projetée par la tenue ; les bohémiens que nous voyons dans la peinture ont aussi un esprit, une réflexion qui leur est personnelle. Néanmoins, ces deux individus, quoi que très différents, font parti de l'âme universelle. J'avais affirmé antérieurement que la calamité est seulement une face des infinités de faces de la vie, parallèlement, la bohémienne de notre peinture est tout simplement un aspect de l'être, et, Dior en est un autre. Ils sont en réalité le même être, ils partagent un même esprit, l'esprit de ce que nous nommons l'humain. Cette âme qu'ils partagent les deux a émergé dans leur habillement...


lundi 5 août 2013

Punk : une Esthétique absurde...

A l'opposé de tout autre mouvement de mode, Punk est celui qui vit dans le présent. Il vit l'euphorie d'aujourd'hui et ne déplore pas le bonheur perdu de hier, il est dans son essence même anti-nostalgique, d'où émane son hymne : "No Future". celui-ci est le reflet d'une opinion agressive et non conforme aux valeurs de l'époque : la vie demeure sans but, sans espoir et sans promesse. C'est ainsi qu'a germé une forme de nihilisme qui miroite délibérément et consciemment l'apparence punk.
Comme l'écrivain français Albert Camus, le mouvement punk répond à cette absurdité qu'est la vie avec la révolte ; une frustration et un inassouvissement dont l'origine demeure inconnue donnent naissance à un caractère factieux. L'absurde est un illogisme provocateur, il est donc naturel que la réaction ne peut être autre qu'agressive et acerbe. Cette incohérence tourmente l'homme, le ronge à l'intérieur jusqu'à l'astreindre à répudier toute valeur et s'abandonner à un monde de chaos et de révolte. 
Punk est exprimé sous la forme d'une rébellion artistique : plus le sentiment de révolte est puissant, plus l'extravagance de l'apparence est scandaleusement grotesque. Les individus vivant de l'idéologie punk ont tous atteint une vérité commune : la vie est absurde. Totalement chaotique, leur apparence n'est que le reflet de ce sentiment de discordance entre l'homme et le monde.

 


 













Les architectes de la mode exploitent cette rébellion surnommée Punk et la transmutent : ce qui était auparavant l'allégorie d'une attitude et opinion sur la vie a inopinément pris une tournure plus esthétique. Ils découvrent dans ce chaos une obscène beauté qui les attire. 
Grâce à ces renégats, l'art n'est plus synonyme de beau. le non-art est devenu art, le non-héros a été travestit en un héros...


"The popularity of punk rock was, in effect, due to the fact that it made ugliness beautiful."
— Malcolm McLaren
Balmain


Alexander McQueen



Toutes les photos proviennent du livre PUNK: chaos to couture de Andrew Bolton, Richard Hell, John Lydon et Jon Savage.